Au panthéon des douceurs bretonnes, deux monuments semblaient indétrônables : la crêpe, fine et délicate, et le far, dense et rassurant. Pourtant, dans l’ombre de ces géants, une recette confidentielle commence à faire parler d’elle. Son nom ? Le farz pitilig. Contraction de farz (far) et de pitilig (qui signifie « flasque » ou « mou » en breton), ce nom décrit parfaitement sa nature hybride et délicieuse. Mi-flan, mi-crêpe épaisse, cette merveille de simplicité est une véritable révélation. Sa texture unique, fondante et légèrement élastique, en fait le dessert réconfortant par excellence, celui qui évoque les goûters d’enfance et la chaleur d’un foyer.
Loin de la complexité de certaines pâtisseries, le farz pitilig est la preuve que la magie opère souvent avec très peu d’ingrédients. C’est un dessert humble, né de la cuisine paysanne, qui sublime des produits du quotidien. Aujourd’hui, nous vous livrons les secrets d’un grand chef pour réussir ce trésor caché de la gastronomie armoricaine, une recette si simple qu’elle en devient magique et qui s’adaptera parfaitement à votre placard grâce à des ingrédients de longue conservation.
15 minutes
35 minutes
facile
€
Ingrédients
Ustensiles
Préparation
Étape 1
Préchauffez votre four à 180°C (thermostat 6). Cette étape est cruciale, car le farz pitilig aura besoin d’un choc thermique pour bien gonfler et dorer. Dans un grand saladier, que les professionnels appellent un cul-de-poule, versez la farine, le sucre en poudre, le sel fin et les œufs en poudre. Mélangez ces poudres à l’aide d’un fouet. Ce geste simple permet de bien répartir chaque ingrédient et d’aérer la farine, ce qui est un premier pas vers une pâte sans grumeaux.
Étape 2
Creusez un puits au centre de votre mélange sec, comme un petit volcan. Versez-y environ 100 ml de lait. Commencez à fouetter doucement au centre, en incorporant petit à petit la farine des bords. Vous allez obtenir une pâte épaisse et homogène. Cette technique évite la formation de grumeaux. Une fois cette première pâte lisse obtenue, vous pouvez verser le reste du lait en un mince filet, tout en continuant de fouetter énergiquement. N’ayez pas peur, la pâte va devenir très liquide, c’est tout à fait normal. Incorporez enfin l’extrait de vanille et le rhum ambré.
Étape 3
Laissez maintenant votre pâte reposer pendant au moins 30 minutes à température ambiante. Ne sautez surtout pas cette étape ! Le repos permet à l’amidon de la farine de gonfler et au gluten de se détendre. C’est le secret pour obtenir cette texture si particulière, à la fois souple et fondante, qui caractérise le farz pitilig. Couvrez simplement votre saladier d’un torchon propre et oubliez-le sur votre plan de travail.
Étape 4
Pendant que la pâte se repose, préparez votre poêle. Placez votre poêle en fonte sur feu moyen et faites-y fondre le beurre clarifié. Assurez-vous que le beurre nappe bien tout le fond et les bords de la poêle. Une fois la pâte reposée, donnez-lui un dernier coup de fouet puis versez-la délicatement dans la poêle chaude. Laissez cuire sur le feu pendant environ 5 minutes, sans y toucher. Le but est de créer une fine croûte dorée sur le dessous, qui va « saisir » le far.
Étape 5
Enfournez ensuite la poêle pour environ 30 minutes de cuisson. Surveillez la coloration. Le farz pitilig va gonfler comme un soufflé et prendre une belle couleur dorée. Pour vérifier la cuisson, plantez la lame d’un couteau au centre : elle doit ressortir propre. Si ce n’est pas le cas, prolongez la cuisson de 5 minutes. Une fois cuit, sortez-le du four et laissez-le tiédir quelques instants avant de le déguster. Il retombera légèrement, c’est sa nature !
Mon astuce de chef
L’utilisation de beurre clarifié, ou ghee, n’est pas un hasard. Contrairement au beurre classique, il a été débarrassé de son petit-lait et de ses protéines de lait. Résultat : il supporte des températures bien plus élevées sans brûler et sans noircir. Il apporte un délicieux goût de noisette qui se marie à merveille avec la vanille et le rhum. C’est une astuce de chef simple pour un résultat plus fin et une cuisson parfaitement maîtrisée. Pour une version encore plus gourmande, vous pouvez déposer quelques pruneaux d’Agen dénoyautés et réhydratés dans le rhum au fond de la poêle beurrée avant de verser la pâte. Vous obtiendrez alors un cousin très proche du célèbre far breton.
La tradition bretonne a du bon
Pour accompagner ce dessert, rien ne vaut une authentique bolée de cidre brut. Sa légère amertume et ses bulles fines viendront trancher avec la douceur et le fondant du farz, créant un équilibre parfait en bouche. Servez-le bien frais. Pour les enfants, ou pour une version sans alcool, un jus de pomme artisanal de qualité, légèrement trouble, sera un excellent compagnon. Ses notes fruitées rappelleront le terroir breton. Et pour les après-midis d’hiver, un chocolat chaud onctueux et pas trop sucré formera un duo réconfortant ultime avec une part de farz pitilig encore tiède.
Le farz pitilig est l’archétype du plat de « kig ha farz », littéralement « viande et far », un plat emblématique de la région du Léon, dans le Finistère. À l’origine, la pâte, bien plus dense, était cuite dans un sac en toile plongé dans le même bouillon que la viande et les légumes. La version sucrée et cuite à la poêle que nous connaissons aujourd’hui est une évolution plus moderne et gourmande, une sorte de dessert du pauvre devenu un mets de choix. Chaque famille bretonne a sa propre recette, transmise de génération en génération, parfois avec une touche de fleur d’oranger ou des zestes de citron. Le redécouvrir, c’est renouer avec une cuisine simple, généreuse et pleine de sens.
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